27 ans.

En regardant un documentaire passionnant sur Janis Joplin, je me suis rendu compte que, bien que n’ayant rien à voir – même de loin – avec le « club des 27 », c’était l’année la plus abominable de ma vie. Celle où j’ai le plus souffert, celle où j’ai tenté de mettre fin à mes jours. C’était aux abords de l’été je crois, probablement septembre, mais peut-être juin; je ne sais plus trop, c’est tellement loin.

Depuis que j’ai vu ce documentaire, et réalisé cela, je me pose la question de cet âge là. Est-ce celui au cours duquel « ça passe ou ça casse » ? Combien sommes-nous à avoir vécu les pire tourments intérieurs à ce moment de notre vie, indépendamment de tout événement extérieur susceptible de dévier radicalement une existence?

On pense bien sûr au cap de l’adolescence, qui fut très tourmenté aussi pour ce qui me concerne. J’avais d’ailleurs déjà éprouvé le besoin de fuir ma famille lorsque j’avais dix ans, et avalé des tas de médicaments à 14, en espérant mourir. Mais les 27 furent, de loin, les plus affreux. Pour aucune raison franche.

Ce serait amusant, s’il y avait des statistiques sur le sujet, plutôt qu’une simple « pensée magique » de ma part.

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Vieillir.

J’avais lu, vu ou entendu quelque part que, plus on vieillissait, plus on se sentait apaisé… Pour ce qui me concerne, c’est plutôt vrai. Et pour tous les sujets de la vie, du plus grave au plus léger. Comme avoir des enfants. Ou fêter son anniversaire. Un détail pesant pour certains.

Plus on vieillit, moins on nous demande de prouver des choses, et on finit par n’avoir plus le stress de « réussir » ou pas. On sait que le plus gros de la vie est plutôt derrière nous, et, quel que soit son bilan, on n’a pas d’autre choix que de l’assumer, on ne peut plus rien y faire, c’est derrière nous. Alors on se résigne plus ou moins, par la force des choses.

Mais je regrette beaucoup de lire, dans le regard de certains jeunes, ce stress, ce fardeau, sans avoir aucun moyen de leur transmettre cet apaisement.

Qui ne devrait pas être corrélatif au vieillissement…

Se sentir entouré.

Plus je vieillis, plus je me sens entourée.

Ce n’est pas que je le suis davantage, c’est plutôt que j’accorde davantage ma confiance, et si je parviens à le faire, c’est parce que je choisis mieux mon entourage. J’ose me séparer de ceux qui ne me font pas du bien (et on peut supposer que je ne leur en faisais pas non plus), et désormais je choisis davantage que je ne subis.

Cela ne s’est pas fait sans difficultés, mais maintenant que c’est acté, c’est très reposant.

Pourvu que ça dure.

 

Moment de grâce.

Hier, les rues étaient très sombres, par endroits: pas d’éclairage public. La tempête sans doute. Le parc près de chez moi était fermé pour notre « sécurité ». ça me met en colère, mais peu importe. Du coup, j’ai dû pousser jusque dans les bois pour promener mon chien. Il était plus d’une heure du matin, je rentrais à la maison, je pouvais bien pousser deux ou trois kilomètres plus loin.

Le périphérique, que j’ai passé pour arriver au bois, était désert, la grande avenue qui y mène aussi, on aurait dit que c’était le début de la fin du monde humain, c’était presque flippant.

Je n’ai que très peu été incommodée par les lumières qui se trouvent à la lisière du bois, et qui, parce que les arbres sont nus, sont particulièrement visibles en hiver. Seuls deux particuliers -que j’ai maudits- avaient laissée allumée une lumière pénible, et incontournable. A l’opposé, un éclairage public subsistait, mais j’ai pu leur échapper assez longtemps, lorsque je me suis enfoncée dans les bois. J’ai pu échapper aux lumières bien plus longtemps qu’à l’accoutumée.

Quel soulagement! Mes yeux sont très sensibles, et ils ont appréciés. La pleine lune était là, mais les nuages filtraient assez sa lumière pour conserver une sorte d’intimité. Je crois que j’aurais préféré qu’ils fussent absents, mais c’était vraiment agréable de toute façon.

Qui plus est, mes oreilles aussi étaient au repos: je n’ai entendu qu’une seule moto, au loin, en une heure de promenade. Le reste n’était que de lointains ronronnements, de faible ampleur.

Comme toujours, j’ai eu de la peine à m’en imprégner, tant mon esprit vagabonde sans que je puisse le retenir, en se déconnectant du sensible agréable.

Mais j’ai quand même apprécié, c’était un beau cadeau d’anniversaire.

Touchée, pas coulée.

Après les agapes de Noël et les difficultés véhiculaires, je me sens glisser tout doucement vers le bas. Je n’aperçois pas encore l’abysse, dont je sais que je ne verrais jamais le fond, même arrivée à son abord. Mais je suis suffisamment ‘descendue’, là, pour m’inquiéter de son insondable et de la pente toujours plus abrupte qui y mène. Elle n’est pas encore glissante, mais je la connais assez pour savoir que ça vient vite. Je suis légèrement inquiète, mais sans plus, pour le moment. Car ça fait longtemps que je n’y suis pas tombée, dans cette abysse, et ma pratique est suffisamment sûre désormais pour gérer une remontée: des appuis solides, que je connais bien maintenant, une gymnastique familière, et des connexions neuronales encore assez en forme pour l’assumer.

Mais il ne faudrait pas que tout cela faiblisse de trop. Il faut donc que je me précipite sur mes grigris et autres potions (magiques ou non), qui me permettent de me tirer d’affaire depuis quelques années lorsque la situation, comme maintenant, devient un peu dangereuse.

Car un des symptômes du mal-être qui grandit, c’est que l’on oublie de prendre soin de soi. On se perd dans des tas de choses inutiles voire nauséabondes, a fortiori à l’heure d’internet où tout est cliquable.

Pour l’instant, le nauséabond n’est pas encore là, mais je vois bien le reste: j’ai passé beaucoup de temps à zapper comme un légume devant des programmes qui ne m’intéressaient pas, puis, dans ce que j’ai cru être un effort salutaire, j’ai trouvé la force de m’installer devant mon écran d’ordinateur où je n’ai pas fait grand chose d’autre que regarder des vidéos youtube qui ne m’intéressent pas davantage.

Ce qu’il y a de tragique, aussi, dans le mal-être, c’est que ce n’est pas parce qu’on a conscience de quelque chose que l’on peut agir pour autant, y compris si l’action requise est infime. La force d’inertie est immense. La force de l’illusion aussi. Je ne saurais dire où elles vont se nicher, car après tout, je suis bien capable d’écrire encore, ce qui me paraît être une saine activité, de manger aussi, ou bien de me servir un verre de mon soda préféré. Je ne parviens toujours pas pourtant à ingurgiter mes potions, bien que cela fasse maintenant neuf heures que j’ai réalisé qu’il me faut le faire, si je veux cesser de me trouver dans cet état.

J’ai compris que je ne vaincrai ni le ‘refus’ d’aller me coucher (il est 3h30, je suis épuisée, mais un quelque chose refuse que j’aille au lit), ni celui de me nourrir correctement (à part un peu de poisson, j’ai mangé essentiellement du nougat, du chocolat et bu des sodas), mais j’ai encore le moyen de faire des choses à peu près constructives (écrire ici, échanger positivement avec quelques connaissances), et éviter quelques pièges plus ou moins mesquins (je me sens encore capable de repérer ce qui est susceptible de me placer dans des situations difficiles à assumer par la suite).

Il reste que je ne comprends pas cette inertie. J’espère que ces mots, couchés désormais, vont finir de me donner l’énergie nécessaire à enclencher la remise en forme.

Des conséquences morales des incidents matériels.

Aujourd’hui, ma voiture est tombée en panne. Je l’avais prise d’occasion, avec les risques que ça comporte. ça fait moins d’un an que je l’ai, et les réparations sont estimées à un prix supérieur à celui de la voiture.

Il se trouve que j’ai un budget spécialement dédié à cela, et que cela n’aura donc qu’une incidence financière limitée. Mais moralement, je me sens très perturbée et très découragée. La seule idée d’avoir à faire à un garagiste, prendre des décisions, des coups de fil à passer, le cas échéant la mettre à la casse, en acheter une autre avec la paperasse que ça suppose, me donne le sentiment d’une montagne à escalader, et de devoir consacrer du temps et de l’énergie là où j’espérais l’utiliser à me reposer.

Je ne comprends toujours pas pourquoi tout cela m’épuise / me stresse à ce point. Conséquemment, je comprends toujours mieux pourquoi je suis si peu ravie d’avoir une vie à vivre.

Je me rassure en me disant que selon les statistiques en cours et l’ADN familial, j’en ai passé un peu plus de la moitié, et qu’en outre, j’ai peut-être déjà fait le plus gros en terme de pénibilité. Évidemment, ce dernier point est davantage un espoir ou une intuition qu’une certitude, mais je reste plutôt confiante…

 

De la presbytie.

Bon, c’est définitif, je ne peux plus lire les petits caractères sans lunettes. Ce fut très progressif.

En mars dernier, j’espérais encore pouvoir y faire quelque chose, je parvenais encore à lire. Mais c’était de plus en plus pénible et difficile. Bien que l’on m’ait averti que ça ne servirait à rien pour ce problème précis, je faisais des exercices pour les yeux, et je confirme que je n’y ai vu aucun résultat crédible.

Désormais, les lunettes me sont indispensables, et j’ai encore beaucoup de mal à l’accepter, moi qui ait toujours eu un oeil de lynx et qui pouvait toujours tout lire, de près comme de loin, bien des choses que d’autres ne lisaient pas.

Ce qui est pénible, bien au-delà de l’ego, c’est l’absence de spontanéité qui en découle. Pour tout, je suis obligée soit de prendre des lunettes, soit d’être très incommodée. ça signifie s’interrompre, reprendre. Je déteste.

Et c’est sans compter la lenteur. Quand on a une bonne vue, on peut attraper un objet, hop lire l’étiquette, puis passer à autre chose. Maintenant, j’ai l’impression d’être un éléphant ou une tortue, c’est selon.

Bref. Ne plus pouvoir tout lire spontanément, je déteste profondément. ça me manque terriblement, et je n’en ai pas encore terminé le deuil.