L’homme aux portiques contre l’homme-clef.

L’autre jour, quand j’ai entendu parler de portiques à l’entrée des écoles, j’ai vraiment cru que c’était une blague, pour détendre l’atmosphère autour de ce fléau qu’est la violence en milieu scolaire. Et puis en rentrant du travail, j’ai écouté la radio: non, c’est pas un gag du tout, au contraire, c’est très sérieusement envisagé.

Avec des arguments chocs, qui plus est: on a des portiques dans les aéroports, dans les musées, dans les palais de justice, on interdit les parapluies ici et là car ils sont des armes potentielles, alors donc, pourquoi pas les écoles? Avec des fouilles en prime parce que les portiques seuls, « c’est certain, ça suffit pas ».

Il y en a déjà presque partout de ces merdes qui nous pourrissent la vie « protections », il « suffit simplement de les étendre à l’école ». Imparable.

J’en ai eu la nausée.

« J’ai longtemps habité sous de vastes portiques » titrait le Canard enchaîné. J’ai beaucoup ri, et cela m’a immanquablement rappelé ma « vie antérieure« ; le collège plus exactement, sans portiques, sans fouilles, avec des surveillants qui nous connaissaient tous, nous taquinaient de nos retards, et où j’ai découvert Baudelaire en apprenant ce poème par coeur. J’ai beaucoup ri en lisant le canard enchaîné donc, mais je suis sincèrement inquiète de la tournure que prennent les choses.

Et en colère. Contre ces abus, ces intrusions, ce recul infini de l’insouciance que l’on sacrifie sur l’autel d’une sécurité que l’on pourrait aussi bien assurer en retissant des liens familiaux, sociaux, humains. Combien de postes a t-on supprimés ces dernières années dans l’enceinte scolaire? Et de combien augmente la population des élèves par année?

Plus que jamais, il me paraît que « celui qui est prêt à sacrifier un peu de sa liberté pour plus de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux. »

Que ce soit dans le cadre de ses expériences orageuses ou dans la tempête de l’affirmation des libertés individuelles, Benjamin Franklin est décidément un « homme-clef« …

Publicités

Une réflexion sur “L’homme aux portiques contre l’homme-clef.

  1. Je pensais plus à « Franklin la tortue » qu’à Benjamin en te lisant.. Sur le fond, je suis d’accord. Les collèges dont les surveillants connaissent les élèves, c’est bien mieux! Seulement, on va vers le contraire : une surveillance automatique de tout, et surtout une centralisation : d’énormes bahuts avec moins d’humains. C’est comme dans les hopitaux : on ferme les petits établissements « non rentables », et on réduit le nombre d’infirmières, avec pour résulats que celles qui restent sont survoltées.
    Et à côté de cela, le chômage augmente!!!
    A quand le retour de balancier? Quand l’humain reprendra-t-il sa valeur en face de la rentabilité?

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s