De la réincarnation.

Cette croyance m’a toujours laissée circonspecte. Je ne la trouve pas cohérente. Néanmoins, force est de reconnaître qu’elle permettrait d’expliquer des choses qui restent mystérieuses, dans une vie.

Par exemple, j’ai toujours détesté les hommes et lutté farouchement contre la domination masculine, alors qu’en dehors des harcèlements de rue, et autres discriminations habituels pour une femme, je n’ai jamais rien subi de leur part. Disons que ma colère et mes émotions sont clairement disproportionnées au regard de ce que j’ai eu à endurer des hommes, même si j’estime qu’elles ne le sont pas au regard de ce que d’autres femmes vivent. Mais ce sont d’autres femmes, pas moi. D’ailleurs, très tôt, alors que je m’interrogeais sur mon mal-être profond et persistant, je me suis reconnue dans le détail des souffrances décrites par les femmes qui ont été victimes de viol, alors que je n’étais pas du tout concernée par cette question.

Autre exemple, j’ai un problème avec le lynchage et la vindicte populaire. Ils me terrifient, j’y pense régulièrement, et j’en rêve souvent, alors que je n’y ai jamais été confrontée, ni de près, ni de loin.

Autre exemple encore, je suis très intriguée par la pédophilie, alors que, là encore, je ne suis absolument pas concernée, même très indirectement par cette question. Je ne parviens pas à croire que ces hommes aient bien conscience du mal qu’ils font, et je m’interroge beaucoup sur les pulsions qui les animent,et sur les mensonges qu’ils se racontent pour parvenir à leurs fins.

De même, je n’ai jamais compris mon refus et mon désir simultanés de maternité (je n’ai pas d’enfants). Ni non plus le fait que le sexe m’ennuie globalement, alors que j’ai le « privilège » (dixit la première psy que j’ai consultée, il y a longtemps) de « connaître l’orgasme » – elle m’a expliqué que cela ne concernait que 20% des femmes, ce qui m’étonnerait quand même beaucoup. Mais peu importe, dès lors qu’on éprouve du plaisir, on devrait aimer ça. Moi, ça a plutôt tendance à m’ennuyer quand même, et c’est assez incohérent, malgré les explications que je peux y trouver.

Enfin, je n’ai jamais compris comment il était possible, dans l’état où j’étais, avec la haine que j’éprouvais pour la vie, que je parvinsse à renoncer au suicide, malgré les deux petites tentatives que j’ai faites (tellement ridicules que, même si j’y croyais sur le moment, elles étaient vouées à l’échec). Je ne comprends pas du tout pourquoi la question du suicide, et plus largement de la mort, m’est si proche, si familière, et si intime. Oui, au risque de surprendre, j’ai une réelle intimité avec le suicide, je suis incapable d’expliquer cela; personne ne s’est suicidé dans mon entourage.

Et surtout, je ne comprends absolument pas, et je ne comprendrai jamais pourquoi je souffre autant de la vie, alors qu’il ne m’est rien arrivé de traumatisant. Je parle au présent, même si cela relève davantage du passé. Car pour ce qui concerne le passé, je n’aurai jamais de mots assez forts pour décrire ce que j’ai enduré si longtemps, pourtant sans raison valable.

Et bien tout cela pourrait, me dit-on, s’expliquer avec des vies antérieures. Pratique. Et si mes émotions me donnent envie d’y croire, ma raison, elle, s’y oppose. Personne, jusqu’à présent, n’a jamais su me convaincre de la crédibilité de cette hypothèse. Mais je dois admettre que mes émotions sont fortes et précises, et que la raison ne les explique même pas un peu.

Ainsi, je me surprends parfois à croire qu’il y a peut-être des choses qui nous échappent, qui passent par d’autres canaux que les sens communs. Je vais parfois jusqu’à me dire qu’au fond, c’est assez confortable de s’imaginer qu’on a eu des vies passées qui expliqueraient la présente, et que je devrais peut-être me laisser tenter par cette croyance. Je me laisse parfois bercer par cette illusion, comme pour me réconforter de la puissante frustration qui m’anime, à ne toujours pas comprendre mon mal-être, ni savoir quoi en faire. Cela ne suffit pas, pour l’heure, à me convaincre. Mais je continue à chercher, tâtonner, interroger.

Car je reste indéfiniment perdue, dans la vie.

 

 

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S’agacer de vieillir.

de plus en plus de nos jours, il faut être connecté pour pouvoir faire quoi que ce soit. Au point que certaines tablettes de certaines marques vous interdisent quelqu’activité que ce soit dès lors que vous ne l’êtes pas. Y compris l’écriture sur un traitement de texte basique!

parfois, je bougonne comme une vieille, parce que tout ça n’est pas très au point, de sorte qu’on ne peut pas toujours être connecté. Ou bien parce que l’idée d’être tout le temps connectée m’agace, par principe. Et que j’aurais mieux fait, en tout état de cause, d’acquérir une autre tablette que celle-là. Parfois je me dis qu’il faut vivre avec son temps (combien de fois ai-je entendu cette expression?). Je me dis que c’est bon pour la plasticité cérébrale.

maigre consolation. Il m’a bien fallu 20 minutes pour comprendre comment remplacer mon fond d’écran avec des photos que j’aime (c’est-à-dire pas celles qui étaient proposées) lors de la dernière mise à jour. De même que j’étais bien agacée lorsque, après qu’il ait été précisé que la mise à jour « ne modifierait pas les données personnelles », mon navigateur par défaut avait disparu… avec la longue liste des favoris que j’y avais entrés.

Enfin, je constate que les sites qu’on consulte régulièrement, avec identifiant et mot de passe, développent leur application pour les uns sur android, pour les autres sur du Mac OS, et bien évidemment, il est impossible d’avoir toutes les applications que l’on souhaite sur l’un ou sur l’autre.

Bref, je m’agace de vieillir.

Pas de titre.

J’avais dit que j’essaierais de remplir ce blog au moins trois fois par semaine. Force est de constater que c’est un échec.

Face à la difficulté, je m’étais dit que, pour me motiver, je devrais retourner lire les blogs que j’aime bien.

Je ne l’ai toujours pas vraiment fait. D’abord parce que je suis une éternelle procrastinatrice. Ensuite parce qu’en le faisant, j’ai découvert que l’auteur de l’un de ceux que je suivais il y a plusieurs années, s’est donné la mort.

D’un côté je suis triste qu’il n’ait pas trouvé d’autre solution à son mal-être, de l’autre, je suis admirative: il a un incroyable courage, et de la chance.

De ma responsabilité.

La dernière fois que j’ai fait une énorme bourde professionnelle, c’était en 2002 (je crois). On m’avait demandé de remplacer une formatrice en droit de la santé. Je n’avais pas eu le temps de préparer la formation aussi bien que j’aurais voulu, mais je me croyais à peu près prête quand même. Un médecin l’air un peu agacé m’a posé une question très précise, à laquelle il fallait répondre par oui ou par non, sur un point qui était essentiel. J’étais capable de répondre à toute une kyrielle de détails, mais pas à ça. Je n’ai pas osé dire que je ne savais pas, tellement la question semblait basique, et tellement toute ma crédibilité aurait été balayée si j’avais dit ça (étant entendu que j’étais sûre de moi pour le reste). Alors j’ai fait ce que j’ai souvent vu faire, et que je déteste pourtant: j’ai pris quelques fractions de secondes pour (mal) réfléchir, et j’ai répondu avec un air déterminé… la mauvaise réponse. Le pire, c’est qu’en relisant mes notes, j’aurais trouvé la bonne réponse. J’ignore quand et comment il s’est rendu compte que je m’étais trompée. J’ai eu très honte, je crois que j’ai dit à celle qui m’embauchait que j’avais commis des erreurs, sans préciser lesquelles. Mais là, même si j’avais beaucoup bossé pour préparer cette formation, je comprenais d’où venait mon erreur: je n’avais pas suffisamment pris de recul sur la question, ou bien j’aurais pu (très difficilement il est vrai) refuser une mission si je ne me sentais pas prête. J’aurais même pu préciser que je n’étais pas sûre de ce que j’avançais, sur certains points, au cours de la formation. Je me rappelle avoir été perturbée par le fait que j’étais encore jeune, et impressionnée de donner un cours à des médecins. Je ne me sentais pas légitime.

La fois d’avant, c’était en 1989. A l’époque où les emails, les téléphones portables et l’euro n’existaient pas. J’étais à l’accueil d’un supermarché, et j’étais chargée, notamment, d’échanger des sortes de chèque de devises étrangères, en francs. Au lieu de remettre 20 000 francs contre un « eurochèque » qui les valait (et qui était une somme énorme, à l’époque), j’ai remis 2000 francs. Ce qui est perturbant, c’est que j’ai fait très attention à tout, lors de cet échange, pour être bien sûre de ne pas commettre d’erreur. Je ne pouvais même pas me dire que j’avais été inattentive, préoccupée, irresponsable voire je m’en foutiste, ce n’était absolument pas le cas. Je ne comprends toujours pas comment ni pourquoi j’ai commis cette erreur. Autrement dit, je n’avais aucune marge de progression possible. Une fois le touriste reparti dans la nature, il n’y avait plus aucun moyen de le joindre. Je n’ai jamais su comment s’était soldée cette histoire.

Il m’est arrivé exactement le même genre de chose jeudi dernier. Je suis censée enregistrer des réunions et les retranscrire. J’ai deux dictaphones pour le cas où l’un dysfonctionnerait. Ce jour là, j’avais deux réunions dans une même journée, ce qui est assez rare. J’ai donc pris particulièrement soin, la veille, de vérifier que tout était prêt, que les piles étaient pleines, que j’avais le chargeur de mon ordinateur qui était de toute façon chargé, les documents importants,et un minimum pour noter sur papier, ma pièce d’identité pour passer les contrôles. Côté fringues pareil, côté alarmes de réveil, même chose. Sur le moment, de même, vérification que tout marchait.

Et pourtant, lors de la seconde réunion, l’enregistrement n’a pas fonctionné… parce que je n’ai jamais effacé les enregistrements précédents, et qu’à force, il n’y avait plus de place. Les appareils ne m’appartiennent pas, et je ne me suis pas sentie autorisée à le faire; mais je n’ai pas non plus posé la question, et j’aurais dû. Ainsi, la lumière rouge était bien allumée au début, mais le premier dictaphone n’a fonctionné que dix minutes, et le second, 1/2 heure. Entre les réunions, il m’arrivait de vérifier qu’il restait de la place, mais il m’a toujours semblé qu’il y en avait largement assez, et il est vrai que ça, je ne l’avais pas vérifié juste avant.

C’est moins grave que si cela avait été lors de la première réunion (ç’eut été une réelle catastrophe car je n’avais rien noté ni écouté car les intervenants étaient nouveaux pour la plupart, et si nombreux -une trentaine- que j’ai passé la moitié de la réunion à noter correctement le plan de table, et qui commençait sa phrase par quoi), mais ça me perturbe beaucoup de savoir que, même quand je crois faire attention à tout, je laisse passer quand même quelque chose.

Comment se faire confiance, alors?

J’ai beau me dire que ça n’a été « grave » que deux fois pour l’instant, à 20 ans d’intervalle, je ne peux oublier le nombre incalculable de fois où j’ai vécu la même chose sans que ça ait de conséquence grave, à proprement parler. Je peux même dire qu’il semblerait que j’aie sauvé une partie des meubles ce jeudi, que c’est donc moins grave qu’il n’y paraît, grâce à une meilleure prise de note que d’habitude, pour des raisons qui m’échappent encore. Il reste que ma crédibilité est largement entamée. Et j’ignore comment la cliente va réagir lorsqu’elle verra que les enregistrements sont coupés.

J’ai toujours su que j’avais une case en moins. C’est en partie pour cela que je me suis toujours interdit de prendre des responsabilités: je sais que, quel que soit mon niveau d’exigence, je ne peux pas compter sur moi.

C’est pour cela que j’ai pu limiter les dégâts, et que ça n’a été ‘grave’, pour l’instant, que trois fois en 20 ans.

 

Bourreau et victime (âmes sensibles, s’abstenir).

C’est un mécanisme classique de défense: on est victime, on devient bourreau. Sans avoir le courage de définir de quoi j’ai été victime (de petites inconsidérations, injustices et mépris répétés, quelque chose dans ce goût là), je suis peut-être devenue bourreau.

Prête à partir au quart de tour dès que je me sens atteinte, avec cette faculté intellectuelle et cette volonté de toujours rendre à César ce qui lui appartient pour qu’aucun cheveu ne dépasse, et que les situations soient parfaites. Quitte à ce que cela soit fait a posteriori. Je n’ai pas le courage d’illustrer ça d’une anecdote. En tout cas, souvent, lorsque je sors de chez moi, je perçois ce « piège » dans lequel je me trouve. Je m’efforce d’y répondre le plus adéquatement possible, comme je l’ai toujours fait.

La dernière psy que j’ai vu a posé le doigt là-dessus. Après que je lui ai dit que c’était quand même moins grave d’être victime que bourreau (puisque c’est sur soi et non sur l’autre), que c’était un mème familial que j’avais repris à mon compte, elle m’a dit et répété qu’être victime était aussi violent et injuste qu’être bourreau. Elle suggérait, je crois, que, s’autoriser à être victime, c’était s’autoriser à être un bourreau sur moi-même.

On peut dire qu’un mois et demi après, ça a fait son chemin.

Je n’aime pas utiliser l’expression « atroce cauchemar » qui me paraît être un pléonasme. Pourtant, lorsque je les raconte, je m’aperçois qu’il semble exister, dans l’esprit des gens, une gradation dans l’horreur possible d’un cauchemar. Moi je les trouve tous atroces. Il y a toujours du sang, et des choix impossibles. Des semblants de choix, plutôt. Un écartèlement émotionnel très fort, une culpabilité violente, et des images abominables, que je vais chercher je ne sais où.

Dans le dernier en date, que je ne saurais raconter en détail puisque je l’ai occulté pendant 24h, je n’ai plus qu’une impression un peu « adoucie » et une image. Je n’ai plus les souffrances psychiques et physiques qui l’accompagnaient sur le moment, et qui m’ont réveillée, sans m’empêcher pour autant de me rendormir très rapidement; précisément après m’être calmée en me disant qu’il fallait que je l’imprime dans la case souvenir, que je le considère comme ne l’ayant pas vraiment vécu, même si ce n’est évidemment pas l’impression éprouvée sur le moment.

Aujourd’hui encore donc, je vois deux personnages. L’un sur la droite, couleurs chair, sang et os, entièrement dépecé, on n’y voit que des muscles roses clairs, quelques lambeaux d’hypoderme, et de cellules graisseuses. Très peu de sang, juste quelques filets, sur la plupart des muscles, mais pas ce qu’il devrait y avoir. Elle est à genoux, le postérieur reposant sur les pieds (la majeure partie des jambes peut-être épargnées), mais le buste à peu près droit; c’est moi. Il y a aussi des trous, dans son corps: des endroits où les muscles se sont écartés -mais jamais coupés-, et laissent apparaître l’autre côté. Notamment en bas des côtes droites (c’est le plus gros trou). Elle souffre atrocement, elle vient de subir le pire possible en terme de souffrances physiques. Je suis complètement elle, et je ne comprends pas ce que je fais là, ni ce qui me vaut d’avoir subi ces horreurs. Je ne suis que souffrance, la douleur est abominable.

Mais pire encore. Celui qui lui a infligé tout ça, c’est moi aussi. Mais je ne m’en suis pas encore rendu compte. Pour le moment, je vois une silhouette noire, pas très massive, en costume sans doute, debout mais genoux légèrement fléchis car toujours en train de me torturer. En train de mettre la touche finale?

Lorsque j’essaie de réagir et comprendre la situation pour m’en sortir, pour survivre, je parviens par je ne sais quel miracle, à prendre du recul et carrément sortir du tableau; comme une sorte de début de rêve lucide. Et je prends conscience que JE suis aussi la silhouette noire. Je suis moins la silhouette noire que le corps décharné, mais je suis lui aussi quand même, car il me semble que c’est plutôt mâle.

Ma conscience, à ce moment précis, est perdue, j’ai le sentiment d’être folle, et c’est ce qui m’oblige à m’extraire du présent, à m’extraire du rêve, et à comprendre qu’il ne peut pas s’agir de la réalité. Je ne peux pas être deux personnes à la fois, ça n’existe pas. Je me réveille peu à peu, avec la conscience très claire d’avoir atrocement souffert, et de souffrir encore terriblement, d’être épuisée. C’est là, que je m’ordonne de me raconter ce rêve, parce qu’il est impressionnant et certainement important. Je le fais en détail, même si quelques uns, déjà, commencent à m’échapper.

En conclusion, et suite à cette narration qui compte déjà quelques lacunes, mon esprit n’est pas assez puissant pour tout retenir: j’oublie carrément le contexte, et le déroulé de la torture elle-même. Je ne vois plus les images, alors que je sais les avoir vues puisque vécues et senties. Il devient alors évident qu’il n’est pas normal que je sois encore en vie. Je suis encore entre deux mondes et ça reste extrêmement pénible. Qu’à cela ne tienne, je retiens le double personnage, et l’impression générale, je range tout ça dans un coin, et je m’enjoins de me rendormir. J’y parviens sans peine, car je suis exténuée.

Puis je me suis réveillée à 9h15. J’avais tout oublié, mais j’étais encore épuisée, et c’était mon heure de lever. Alors je me suis levée instinctivement pour ouvrir les rideaux, mais, encore très fatiguée, sans comprendre pourquoi (ce n’était pas compatible avec mon nombre d’heures de sommeil qui était correct); je me suis recouchée. J’ai appris à m’écouter, et j’avais clairement besoin de dormir encore. Je me suis rendormie jusqu’à 11h30. Au levé, j’étais très surprise d’avoir dormi autant, et de me sentir encore fatiguée. Sans chercher à comprendre davantage, je me suis dépêchée, car j’avais un rendez-vous.

Toute la journée, j’ai eu envie de pleurer, sans savoir pourquoi, je me sentais lasse et désespérée. Pourtant, de cette nuit atroce, il ne restait rien dans ma conscience. J’ai donc dû me faire violence pour ne pas lâcher de larmes en public, alors pourtant que rien ne semblait venir les tirer. Le soir, je ne suis pas parvenue à me coucher et à dormir. J’ai fait une nuit blanche à discuter sur internet ici et là. J’ai capitulé vers 8h le matin. Voilà qui ne m’était pas arrivé depuis extrêmement longtemps. Et ça non plus, je ne l’ai pas compris sur le moment.

C’est au cours d’une de ces conversations, probablement autour de 6h du matin, qu’un flash m’est revenu, l’image du cauchemar. J’ai compris pourquoi j’avais été dans cet état toute la journée, pourquoi je n’étais pas parvenue à aller me coucher, ce qui m’a permis de me pardonner cette nuit blanche.

Et là, en racontant tout ça, je m’aperçois que j’ai dû en faire pas mal, des rêves de ce type, sans qu’ils atteignent, jusqu’à hier, ce paroxysme. Je me dis même que c’est parce que je les ai oubliés au fur et à mesure, qu’un truc en moi a forcé le trait, a rendu la chose abominable, afin qu’il devienne impossible de l’oublier durablement.

Ce qui me fait dire ça, c’est l’état dans lequel je me trouve depuis quelques semaines. Je me sens souvent fragile, fatiguée, négative, et plus ou moins pleureuse. Mes heures de sommeil ne correspondent pas à ce qui se fait habituellement. Déprimée, sans envie de faire quoi que ce soit. Bref, le même état, en moins fort, que celui dans lequel j’étais après ce cauchemar momentanément oublié.

Je ne sais pas très bien quoi faire de tout ça. ça m’avance à quoi, de faire tous ces cauchemars? Que veulent-ils me dire? Mais surtout, pourquoi faudrait-il tant de souffrances pour entendre quelque chose? Pourquoi la complexité et la douleur d’un tel mécanisme?

C’est trop difficile, pour l’heure de réfléchir à tout ça, je me sens encore sous le choc, même en ayant dormi toute la journée, et je ne sais pas très bien comment me réparer.

Au moins, je pleure enfin franchement.

Galère.

Un peu galère en ce moment. Je ne parviens pas à m’extraire de ma lourdeur et de ma négativité. Je me sens trop nulle pour venir écrire ici, je n’assure pas trop dans mon quotidien, j’ai même réussi à oublier que j’étais responsable au club, un soir: je ne l’avais pas noté, parce que distraite par le fait que j’étais davantage sollicitée que d’habitude, au moment où je notais mes tours de garde, j’ai omis cette semaine là. Ils se sont débrouillés sans moi, et j’ai honte.

Cela ne m’était jamais arrivé.

Comme j’ai du mal à accepter que je ne peux plus faire grand chose sans lunettes -ou alors de façon très inconfortable-, et que, dès que je ne les porte plus, j’ai des migraines.

De façon générale, je fais ou accepte des choses que je n’ai pas envie de faire ou d’accepter, parce que trop faible d’esprit: soit pour prendre conscience qu’il ne vaut mieux pas les faire, soit pour y résister, après avoir compris qu’il ne valait mieux pas les faire. J’ai tendance à subir, plutôt qu’agir.

Et ça, ce n’est jamais bon.